

Diagonales
1959
A dynamic composition of intersecting lines and gestural marks, *Diagonales* showcases Fautrier's mastery of texture and surface, with layers of mixed media building a richly tactile, almost sculptural quality. The diagonal movements across the work create a sense of tension and rhythm, characteristic of the artist's lyrical abstraction. Fautrier's intuitive application of material transforms the paper and canvas support into a vibrant field of expressive energy.
- Medium
- mixed media on paper laid on canvas
- Dimensions
- Signed
- Yes
- Spotted At
- Auction House · Christie's
Notes
LITERATURE M-J. Lefort, Fautrier, Catalogue raisonné de l'œuvre peint, Paris, 2023, No. 1059 (illustré en couleurs p. 538). EXHIBITED Venise, 30° Esposizione internazionale d'arte - La Biennale de Venise, juin-octobre 1960, p. 154, No. 104. Paris, Musée d'Art Moderne de la ville de Paris, Jean Fautrier: rétrospective, avril-mai 1964, No. 62. Milan, Gallerie Seno, Jean Fautrier, omaggio per il centenario della nascita, mars-mai 1998, No. 5 (illustré en couleurs au catalogue d'exposition n.p.). Conditions of sale Brought to you by Elisabetta Vitullo Junior Specialist, Head of Day Sale EVITULLO@CHRISTIES.COM +33 (0)1 40 76 85 68 LOT ESSAY Skip to main content FRANÇAIS ENGLISH Aucune forme d’art ne peut donner d’émotion s’il ne s’y mêle une part de réel. Jean Fautrier, 1957 Réalisée en 1959, Diagonales est une expression parfaitement accomplie de la vision tardive de Jean Fautrier. Striée, balafrée, la surface picturale devient ici un champ visuel d’une grande intensité, pleinement offert aux sens et à la contemplation. Amassant librement une densité de matériaux divers sur du papier marouflé, l’artiste y déploie, dans toute sa singularité, le procédé signature de sa maturité : en découlent d’épais empâtements traversés de gestes incisifs et nerveux, exaltés par une palette à la fois sourde et vibrante de lumière. Diagonales incarne avec justesse les principes de l’art informel, ce mouvement européen d’après-guerre théorisé en 1952 par Michel Tapié dans son Manifeste Un Art Autre : s’y affirme une primauté de la matière brute, à rebours tant des traditions académiques que de l’expressionnisme abstrait alors dominant aux États-Unis. Si Fautrier s’est toujours refusé à toute étiquette, son œuvre n’en demeure pas moins l’une des forces les plus vives et fondatrices de cette vague dite « informelle ». C’est au début des années 1940 qu’il rompt avec les paysages, natures mortes et nus de sa jeunesse avec la série des Otages, à travers laquelle il cherche à traduire les profondeurs insondables de la sensibilité humaine, glissant toujours plus vers l’abstraction. En 1959, lorsque voit le jour Diagonales, son langage s’est déjà nettement resserré autour de l’essentiel : une expression entièrement fondée sur le rythme, le geste et une matérialité radicale. Diagonales impose une forte présence physique, emblématique de cette période — celle d’une masse centrale dense, longuement travaillée, presque modelée. Autour de celle-ci, l’arrière-plan s’ouvre sur un bleu clair plus aérien, conférant à l’ensemble l’aspect d’un fragment arraché à un tout. De cette tension entre accumulation et vide naît l’un des souffles essentiels de l’œuvre de Fautrier. Le titre lui-même est moins descriptif que structurel : de profondes diagonales d’un bleu violacé ébrèchent la masse horizontale, animant l’ensemble d’un dynamisme palpable, presque syncopé. Certains traits, longs et tranchants, éventrent la surface à la manière d’incisions calligraphiques ; d’autres, plus brefs et compacts, en ponctuent le rythme. Dépourvues de toute figuration, ces entailles n’en portent pas moins, comme le soulignait Fautrier, la trace indéniable du réel. Elles sont l’empreinte même d’un corps en mouvement, d’un geste inscrit dans le temps, comme figé dans l’éternité du support. Elles illustrent en ce sens les polarités mises en lumière par la critique Palma Bucarelli : matière et dessin, sensation et idée constituent ici, comme ailleurs, l’ossature de l’œuvre de l’artiste. Cette atmosphère particulière renvoie par ailleurs à l’admiration profonde que Fautrier voue à la peinture de Turner, qu’il découvre à Londres lors de sa formation à la Royal Academy. Il est notamment fasciné par la virtuosité avec laquelle le maître britannique dissout la forme dans l’espace et la lumière — dissolution qu’il s’emploie à traduire dans son propre langage. Ici, la syncope presque musicale des diagonales trahit aussi, à bien des égards, l’influence croissante du jazz sur son œuvre tardive, sa logique d’improvisation trouvant un fort écho dans le rythme des marques qui scandent la toile. L’ensemble est teinté d’une théâtralité contenue : aucune emphase, mais une intensité qui affleure à la surface, comme une lumière à peine voilée par un nuage. Joseph Mallord William Turner, Rain, Steam and Speed – The Great Western Railway, 1844. National Gallery, Londres. Photo © Domaine public / Wikimedia Commons. Diagonales est conçue un an avant la Biennale de Venise de 1960, où Fautrier voit sa carrière consacrée par le Grand Prix de Peinture. Son influence se révèle, par la suite, particulièrement féconde en Allemagne, où des artistes tels que Gerhard Richter, Anselm Kiefer ou Georg Baselitz trouveront dans ses toiles ravagées une manière d’affronter l’histoire tourmentée de leur pays. Diagonales en offre une démonstration percutante : une surface dont la matière est porteuse de mémoire, faisant de la peinture un acte de confrontation — dense, lumineux et irréductible. No art form can create emotion if it does not bear some trace of the real. Jean Fautrier, 1957 Executed in 1959, Diagonales is a consummate expression of Jean Fautrier's late artistic vision. The scarred, stratified surface becomes a field of both sensory and philosophical intensity. The technique employed by Fautrier, mixed media on paper laid on canvas, elevated to a personal hallmark, demonstrates all the characteristics of his mature style: thick impastos traversed by rapid, incisive gestures, and a palette at once muted and luminously alive. This work represents a lucid embodiment of Art Informel, the post-war European movement theorised by Michel Tapié in his 1952 Manifesto Un Art Autre. This movement placed raw material and gestural process at the center of painting, as a counterweight to both Academic tradition and American-dominated Abstract Expressionism. Fautrier, characteristically, resisted the label, yet his work remained one of its most vital and originating forces. Moving away from the landscapes, still lifes and nudes of his early production, he produced the Otages (Hostages) series in the early 1940s, works that rendered the depths of human emotion in paint. By 1959, in Diagonales, Fautrier had moved towards a language of rhythm, gesture, and radical materiality. Diagonales is characteristic of this period of the artist’s production in its physicality. The central mass is dense and heavily worked. Around it, the ground opens into an airier light blue colour, giving the composition the quality of a fragment salvaged from a whole. This tension between accumulation and void is one of the great animating forces of Fautrier's art. The title itself is not merely descriptive, but structural. Deep, violet-blue diagonal strokes cut across the horizontal mass, introducing a dynamic, almost staccato energy. Some strokes are long and decisive, slashing the surface like calligraphic incisions; others are shorter and denser. They carry no representational content, yet, as Fautrier himself insisted, they bear unmistakable traces of the real: the trace of a body in motion, of a gesture performed in time. The diagonals exemplify what art critic Palma Bucarelli recognised as his dual poles: matière and dessin, material and drawing, sensation and idea. This atmospheric quality owes something to his lifelong admiration for Turner, whose work he discovered while studying at the Royal Academy in London. Fautrier translated Turner’s dissolution of solid form into light and space into his own language. At the same time, the staccato syncopation of the diagonal strokes betrays the growing influence of jazz on Fautrier's late work, its improvisatory logic audible in the rhythmic punctuation of marks across the surface. The overall chromatic mood is one of quiet drama: no loudness, but an intensity held just below the surface, like light diffused through cloud. Joseph Mallord William Turner, Rain, Steam and Speed – The Great Western Railway, 1844. National Gallery, Londres. Photo © Domaine public / Wikimedia Commons. Diagonales was executed the year before Fautrier received a belated recognition for an artist, the International Grand Prize in Painting at the 1960 Venice Biennale, where it was exhibited. It was ultimately in Germany that his influence proved most generative: Gerhard Richter, Anselm Kiefer, and Georg Baselitz found in his ravaged layers a means to confront their country's violent past. In Diagonales, we see precisely why: a surface that carries memory in its substance, transforming the act of painting into an act of reckoning: dense, luminous, and irreducible. READ MORE OF THE LOT ESSAY
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Art Contemporain
Lot 217
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